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Sade

Sade contre Dieu
Sade contre la monarchie absolue
Sade contre la peine de mort
Sade contre la tyrannie
Sade pour l'homme souverain


Nous voyons çà et là sur minitel et sur Internet des citations du Marquis de Sade qui nous sont données hors de leur contexte littéraire. Je trouve cette pratique désordonnée pernicieuse et très dangereuse. Lorsque vous citez Sade sans expliquer sa philosophie et lorsque vous le citez en référence à nos sexualités plurielles, vous créez un amalgame que nos ennemis s'empressent d'exploiter contre nous.
Car le sadisme est tout simplement le crime sous couvert de la loi (ex-: le tyran, le nazi). Donc, l'adjectif sadique ne convient ni à Sade, ni à nos jeux.
S'il vous plait arrêtez au nom de la liberté LIBERTE !

Sade est avant tout un grand philosophe. La pensée de Sade est subversive et révolutionnaire aujourd'hui. Que dire d'une époque où le peuple obéissait à la monarchie absolue dont le porte-parole était la religion, avec comme théâtre l'église et comme discours le lavage de cerveau qu'était le sermon. Pour tenter de classer Sade, notre société lui a tout fait. Il était classé parmi les grands criminels. La psychanalyse en a fait un bébé : sadique anal, sadique oral : "le bébé global" dira Philippe Sollers : "Sade a-t-il été un héros un monstre ? Même pas. La psychanalyse plus rusée a fait de lui un enfant. L'opération mérite attention. Une enfant n'a pas a être un père-mère. Le problème de son nom, de son sexe, ne se pose pas. Par conséquent, il n'en a pas, ou à peine, il est inconscient le pauvre petit, la pauvre petite, ne pouvant pas jouir par le canal convenu, ouf. Sade doit donc être un nourrisson (sadique anal, sadique oral). Il sera même divin..."Philippe Sollers, revue Obliques

Sade était ce que l'on appelle un "algolagnique" passif et actif (l'algolagnie : plaisir dans la douleur donnée ou reçue).
Algolagnie sans Masochisme = Douleur sans préparation de l'esprit (sans rêve, dans l'algolagnie passive le dominé n'a pas de scénario, c'est une sorte de victime de "destinée").
Masochisme sans algolagnie = Théâtre de l'esprit sans la douleur. Ces définitions sont succinctes et mériteraient de plus amples explications (quelques titres à la fin de cet article).
Sade est né en 1740, et c'est en 1750 qu'il rentre au collège jésuite d'Harcourt, réputé pour les punitions corporelles sévères. Cet usage à l'époque ne troublait personne. La violence existait dans la sexualité comme elle existe aujourd'hui dans les pays asiatiques qui prostituent les enfants. Sade était un libertin en quête perpétuelle d'aventures sexuelles. C'est en 1763 qu'il se fait incarcérer (quinze jours) pour la première fois au Donjon de Vincennes, pour violence commise dans une maison close. Puis deuxième incarcération en 1768 pour l'affaire Keller, là les circonstances sont troubles. Rose Keller a-t-elle été tentée par une sorte de chantage ? A-t-elle été rétribuée par la belle-famille de Sade? Rose Keller a-t-elle été vraiment victime ? En tout état de cause, il ne s'agirait que d'une séance de fouet relativement sévère. En 1772 une prostituée l'accuse de l'avoir empoisonnée avec des aphrodisiaques. Il est reconnu innocent de cet empoisonnement par le parlement d'Aix, mais demeure en prison. Sade dépense des sommes immenses et risque la ruine de la présidente de Montreuil, la mère de sa femme. Sur la réquisition de la présidente de Montreuil, il est également arrêté en 1777. A cette époque, la rumeur publique l'accuse de crimes divers sans preuve. Puis l'anti-théisme va l'isoler définitivement. En 1790, il est libéré, il fait de nombreuses interventions publiques. On le prend pour un grand révolutionnaire, il devient Président de la section des Piques. Il est déçu par la cruauté de la révolution, il agit à sa guise: "Trois jours plus tard comparait devant Sade un officier de l'armée de la Somme, le commandant Ramand. - " Vous avez fait évader des émigrés ? demande Sade. - En effet.- C'est la mort, vous savez. - Je le sais, dit le brave commandant. - Tenez, dit Sade. Voici trois cents livres et des papiers. Foutez le camp." "Ils voulaient me faire commettre une inhumanité. Je n'ai jamais voulu", dira Sade plus tard dans une lettre à Gaufridy (extrait de La Douteuse Justine - Jean Paulhan). En 1794, Sade échappera de justesse à la guillotine en 1794 en raison de sa grande compassion pour les prisonniers.
Arrêté en 1800 pour avoir écrit Justine et Juliette. C'est en 1808 qu'il est interné à Charenton dans un hôpital psychiatrique où il mourra en 1814.
Sade a vécu trente ans d'enfermement pour une séance de fouet, peut-être violente, peut-être non consentie. Le marquis de Sade était noble et protégé, et les plaintes émanaient de femmes mendiantes et prostituées. Il semble donc inconcevable, au dix-huitième siècle, que leurs accusations envers un marquis aient pu être prises en considération. Soit...
Ce que Sade a pratiqué n'a rien à voir avec ce qu'il a décrit dans son oeuvre. Dans ses rapports conviviaux, il lui arrive de se montrer d'une grande tendresse, d'un grand respect d'autrui.
La pratique sadique telle qu'il la décrit ne l'intéresse pas. Il regarde le monde et il le dénonce comme un monde de cruauté. Du fond de sa prison, il hallucine, sublime sa sexualité algolagnique à travers ses personnages de papier.
Dans Justine, Sade démontre, et avec quelle maestria, que la vertu ne sert à rien puisque "la nature est mauvaise, elle contient la mort". Pensée que l'on retrouve dans l'Oeuvre de Sade. Justine n'est pas masochiste, elle n'est pas maîtresse de ce qu'elle va vivre, ne forme pas son bourreau comme le fait Masoch. Aussi paradoxal que cela puisse paraître, Justine victime d'un pseudo-masochisme de "destinée" prend du plaisir dans la douleur. Elle décrit les sévices qu'elle subit avec volupté. Mais n'oublions jamais qu'elle n'est qu'une chimère.
Sade dénonce la tyrannie du monde sous-toutes ses formes, "les geôles de la révolution valaient toutes les Bastilles" dira-t-il. Dans l'enfermement Sade trouve un nouveau sens à sa vie : son oeuvre littéraire qui n'aurait pas existé sans cette expérience. Sublimer le sexe dans l'écriture est un moyen de continuer à jouir pour survivre. "Rien n'est plus beau, rien n'est plus grand que le sexe, hors le sexe point de salut" -sexe au sens mystique du terme- (lettre à sa femme 25 juin 1783) pas de survie sans le sexe, sans le discours qui lui permet de s'évader, de libérer l'âme et le corps dans la dimension de la jouissance... En prison, foisonnant de fantasmes, Sade continuera à vivre sa vie comme l'on créait une oeuvre d'art, lumière au fond de l'enfer de la prison, lumière contre les formes de morts organisées. Dans cette société où l'on trouve son âme enfermée dans une prison de pierre, la seule évasion est la libre affirmation de la singularité de nos désirs. Affirmation, affranchissement qui nous permet de trouver toutes les évasions virtuelles que nous offre le monde des fantaisies sous-toutes ses formes. C'est contre toute la répression du désir au coeur de notre culture occidentale que Sade s'insurge.
Sade désigne son ennemi : l'homme normalisé, celui qui se réfugie hypocritement dans une sorte de névrose qu'il appelle tantôt la "morale", tantôt la "religion", tantôt le "devoir". Sade va démonter ce système par une logique implacable. Sade puise son oeuvre dans le tréfonds de nos pulsions de vie et de mort parce qu'il a compris la lutte secrète existante en chacun.
Sade, féministe avant l'heure, conçoit la non-appartenance de la femme à un seul homme.
Sade pour le libertinage féminin :
"Jamais un acte de possession ne peut-être exercé sur un être libre ; il est aussi injuste de posséder exclusivement une femme qu'il l'est de posséder des esclaves ; (...) l'acte de possession ne peut être exercé que sur un immeuble ou sur un animal ; jamais sur un individu qui nous ressemble...."
" Ces femmes que nous venons d'asservir si cruellement, nous devons donc incontestablement les dédommager, (...) Je dis donc que les femmes, ayant reçu des penchants bien plus violents que nous au plaisir de la luxure, pourront s'y livrer tant qu'elles le voudront, absolument dégagées de tous liens de l'hymen, de tous les faux préjugés de la pudeur, absolument rendues à l'état de nature ; je veux que les lois leur permettent de se livrer à autant d'hommes que bon leur semblera ; je veux que la jouissance de tous les sexes et de toutes les parties de leur corps leur soit permise comme aux hommes; "
Sade propose des bordels pour le plaisir des femmes : "Il y aura donc des maisons destinées au libertinage des femmes et comme celles des hommes sous la protection du gouvernement ; là leur seront fournis tous les individus de l'un ou l'autre sexe qu'elles pourront désirer, et plus elles fréquenteront ces maisons, plus elles seront estimées."
Sade pour l'adultère : "S'il y avait quelque chose d'absurde dans le monde, c'est bien sûrement l'éternité des liens conjugaux ".
Sade parlera tour à tour de la prostitution, de l'homosexualité, de la sodomie etc..
Sade contre la peine de mort : "Le meurtre doit-il être réprimé par le meurtre ? Non, sans doute. N'imposons jamais au meurtrier d'autres peines que celles qu'il peut encourir par la vengeance des amis ou de la famille de celui qu'il a tué. Je vous accorde votre grâce, disait Louis XV à Charolais qui venait de tuer un homme pour se divertir, mais je la donne aussi à celui qui vous tuera.. Toutes les bases de la loi contre les meurtriers se trouvent dans ce mot sublime".
Sade contre la monarchie, puis contre l'Être Suprême, Sade écoeuré par la révolution, la cruauté de l'homme, la guillotine :
"A part celle du roi, les exécutions qui ont eu le plus de succès ont été celles de la reine, des Girondins et de Mme du Barry. Pour cette dernière, qui ne voulait pas mourir, on a cru un moment qu'elle allait alanguir le peuple. Sanson raconte qu'il ne reconnaissait plus les gens de sa machine. Lui-même se sentait amolli et prêt à pleurer devant l'effondrement de la pauvre femme, son visage virant sans cesse du violet au blanc, sa passivité de sac tombant à droite à gauche dans la charrette, ses gémissements, ses supplications. Il lui a conseillé de prier, mais elle n'a pu répéter, paraît-il, que: "Mon Dieu, mon Dieu! " Tout le monde se répète le mot qu'elle a eu en voyant la guillotine: " Encore un moment, messieurs les bourreaux, encore un moment, je vous prie! " Elle se débattait, elle tentait de mordre. (...) elle hurlait encore, on devait l'entendre par-delà la rivière. Elle était bien effrayante à regarder"
(Extraits: de la Lettre
"Sade contre l'Être Suprême" éditée par Philippe Sollers, éditions quai voltaire.)

Sade contre la loi : "Si donc la loi vexe plus un citoyen qu'elle ne lui sert, si elle le rend dix, douze, quinze fois plus malheureux qu'elle ne le défend ou le protège, elle est donc non seulement abusive, inutile et dangereuse, mais tyrannique et odieuse."
Sade et la nature : Sade accuse la nature d'être responsable des crimes : "Supposons un oeuf placé sur un billard, et deux billes lancées par un aveugle ; l'une dans sa course évite l'oeuf, l'autre le casse ; est-ce la faute de l'aveugle qui a lancé la boule destructrice de l'oeuf ? L'aveugle est la nature, l'homme est la bille, l'oeuf cassé est le crime commis." Pour Sade c'est une position doctrinale : "La terre est hérissée de gibets, ligotée de chaînes, le sang et les larmes y coulent à flot".
Sade refuse de croire en Dieu, Enfin Sade contre Dieu :
"L'idée de Dieu est le seul tort que je ne puisse pardonner à l'homme." SADE
"Nous serons infiniment plus heureux que l'imbécile qui, dans la crainte des châtiments d'une autre vie, se serait interdit rigoureusement dans celle-ci tout ce qui pouvait lui plaire et le délecter ; car il est infiniment plus essentiel d'être heureux dans cette vie, dont nous sommes sûrs, que de renoncer au bonheur certain qui s'offre à nous, dans l'espoir d'en obtenir un, imaginaire, dont nous n'avons et ne pouvons avoir la plus légère idée."
"Qu'est-ce qu'un juif lépreux qui, né d'une catin et d'un soldat, dans le plus chétif coins de l'univers, ose se faire passer pour l'organe de celui qui, dit-on a crée le monde !"
"Il existe un Dieu ; une main quelconque a nécessairement créé tout ce que je vois mais elle ne l'a crée que pour le mal, elle ne se plaît que dans le mal, le mal est son essence... Le Dieu qui a formé ce triste univers est un être vindicatif, très barbare, très méchant, très injuste, très cruel... ainsi les détestables éléments de l'homme mauvais s'absorbent dans le centre de la méchanceté qui est Dieu, pour retourner animer encore d'autres êtres, qui naîtront d'autant plus corrompus, qu'ils seront le fruit de la corruption." Sacrilège par la condamnation blasphématoire d'un Dieu dépravé. Le scandale est a son paroxysme et Sade est définitivement isolé.

Est-ce le goût du libertinage qui aurait conduit un Marquis même Divin aux cachots améliorés de la Bastille, ou l'expression de vérités universelles infiniment tabous ? L'Existence face à la non Existence. La vie face à la mort, partition où s'exerce le pouvoir de l'homme dans cette dualité allégorique. Maître esclave. Rite qui demande croyance, représentation, ordonnance. Mais je repose la question. Est ce la passion pour une forme de pratique sexuelle qui réunit des hommes depuis des siècles, ou une forme de conscience intuitive d'un mystère qui nous échappe ? Une richesse comme une faiblesse ? Un besoin d'approcher, de comprendre. Ne pensez-vous pas que la notion de pouvoir, quelle que soit sa forme de manifestation, est surtout la façon d'échapper au seul problème insoluble et qui ne nous appartient pas... La Mort !
Françoise.



Bibliographie :

"Bibliothèque de la Pléiade"
Premier volume
"Dialogue entre un prêtre et un moribond",
"Les cent vingt journées de Sodome
L'école du libertinage"
"Aline et Valcour ou Le roman du libertinage".
introduction Michel Delon et Jean Deprun.
"Gallimard",
"Robert Laffont" Sade Vivant
Biographie par Jean-Jacques Pauvert en trois volumes
LELY Gilbert: Vie du marquis de Sade Mercure de France 1989
(1952 and 1957). Gilbert Lely (1904 - 1985)
Une innocence sauvage (1740 - 1777)
Robert Laffont 1986
Donatien François de Sade
"Tout ce qu'on peut concevoir dans ce genre-là..." 1777 - 1793
Robert Laffont
BLANCHOT Maurice : Sade et Restif de la Bretonne
Donatien François de
Editions Complexe La Raison de Sade,
L'insurrection, la folie d'écrire, et
Restif de la Bretonne.
LE BRUN Annie : Soudain un bloc d'abîme, Sade J.J. Pauvert chez Pauvert 1986
LE BRUN Annie : Sade, aller et détours Plon 1989
LELY Gilbert : Sade Collection Idées 1967
PAULHAN Jean : Donatien François De Sade
Le Marquis de Sade et sa complice
Editions Complexe 1987
introduction Bernard Noël,
On de Sade's philosophy and language:
DE BEAUVOIR Simone : Faut-il brûler Sade?
Collection Idées 1955
BARTHES Roland : Sade Fourier Loyola
Point 1971
LE BRUN Annie
Les châteaux de la subversion Folio Essais 1982
DIDIER Béatrice Sade Denoël/Gonthier 1976
Présentation de Sacher Masoch Gilles Deleuze
Oblique Sade N°12-13
Philippe Sollers, revue Obliques

 

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